Après une saison compliquée, revenir sur le terrain demande bien plus qu’une simple remise en forme physique. J’ai connu plusieurs périodes difficiles en Fédérale 2, notamment après notre descente et quelques blessures qui m’ont tenu éloigné du groupe. À chaque fois, la dimension mentale s’est révélée déterminante pour retrouver mon niveau et mon plaisir de jouer. Ce processus de reconstruction passe par plusieurs étapes essentielles que je vais partager ici.
Sommaire
Analyse de la saison passée
La première chose que j’ai faite après notre saison catastrophique où j’ai perdu le brassard, c’était de prendre du recul. Pas facile quand on a joué un rôle dans les mauvais résultats. Je me suis posé avec un carnet et j’ai listé ce qui n’avait pas fonctionné : mes performances personnelles, mes relations avec le staff, ma gestion de la pression. Cette étape, je l’ai vécue dans mon coin, loin du terrain, pendant la trêve estivale.
L’erreur serait de fuir cette analyse ou de tout mettre sur le dos des autres. J’ai identifié mes lacunes physiques, notamment au niveau de la souplesse et de la musculation. Sur le terrain boueux de novembre dernier, j’avais clairement perdu en explosivité. Les séances d’analyse vidéo m’ont aussi montré des défauts techniques que je traînais depuis des années sans jamais les corriger. Contrairement à ce qu’on croit, il n’est jamais trop tard pour gommer ces détails, même après quinze ans de pratique.
Cette phase d’introspection doit être honnête mais pas destructrice. Je me suis concentré sur les faits : nombre de ballons perdus, plaquages manqués, temps de jeu réel. Les chiffres ne mentent pas. En parallèle, j’ai échangé avec des coéquipiers expérimentés qui ont vécu des moments similaires. Leurs retours m’ont permis de relativiser et de comprendre que chaque carrière connaît des passages à vide. Le rugby amateur nous apprend ça : on n’a pas de psychologue attitré ni de staff pléthorique, alors on se débrouille entre nous.
Fixation d’objectifs réalistes
Une fois le bilan établi, j’ai changé ma manière d’aborder les objectifs. Fini le « on va remonter directement » ou « je vais être le meilleur ». J’ai adopté une approche progressive avec des étapes concrètes. Mon premier objectif était simple : retrouver mes sensations au contact du ballon. Je passais une heure après chaque entraînement à travailler la gestuelle, les passes, les appuis. Rien de glorieux, juste les fondamentaux.
Pour ma reprise physique, j’ai fixé des jalons mesurables sur trois mois. Je savais qu’après ma blessure à l’épaule, je ne pouvais pas brûler les étapes. Mon kiné m’avait bien prévenu : la rééducation prend du temps, mais cet investissement est précieux pour la suite. J’ai donc structuré ma progression ainsi :
- Mois 1 : travail en salle, musculation douce, étirements quotidiens
- Mois 2 : reprise du cardio, premiers contacts légers, travail de vitesse adaptée
- Mois 3 : intégration progressive aux séances collectives, matchs amicaux
Cette progressivité m’a évité de nouvelles blessures et surtout permis de retrouver confiance petit à petit. Lors de mon premier match de reprise, je n’ai pas cherché la performance. Je voulais juste faire une belle démonstration et voir où j’en étais. Le résultat serait ce qu’il serait. Cette approche m’a libéré mentalement parce que je ne portais plus le poids des attentes.
Travail sur la confiance
Le plus dur après une saison difficile, c’est de vaincre l’appréhension. Je me souviens de ma première séance de plaquage après six mois d’arrêt. J’avais une boule au ventre. Pourtant, après l’opération et la rééducation, j’étais aussi solide, voire plus qu’avant. Mais le cerveau garde la mémoire de la douleur et de l’échec.
Pour retrouver cette confiance, j’ai misé sur les petites victoires quotidiennes. Chaque passe réussie, chaque sprint terminé sans douleur, chaque séance complétée sans rechute. J’ai aussi travaillé différemment, notamment en intégrant des sports de combat qui m’ont aidé à retrouver la confiance dans le contact physique. La boxe en particulier m’a permis de gérer autrement la peur du choc.
Un bon équipement m’a aussi aidé à me libérer mentalement. Des protections adaptées, des chaussures bien lacées, un maintien musculaire efficace, c’est rassurant. Je n’utilise pas de matériel haut de gamme comme les pros, mais je choisis ce qui tient la route. Après la séance, je remets en place tous mes rituels : aérer mes chaussures, bien m’hydrater, ramener ma gourde. Ces automatismes participent à la reconstruction psychologique.
Accompagnement possible
En rugby amateur, on n’a pas toujours accès à un suivi psychologique professionnel. Mais j’ai trouvé du soutien ailleurs. La confiance de mes dirigeants a été déterminante. Ils ne m’ont pas lâché malgré la saison catastrophique. Le respect de l’entraîneur, même si notre relation s’était distendue, s’est petit à petit rafistolé.
Mes coéquipiers ont joué un rôle crucial. Avoir un partenaire expérimenté à mes côtés lors des matchs à enjeu m’a rassuré. On faisait des ajustements ensemble pour améliorer nos performances. Ces échanges au quotidien, dans le vestiaire ou après l’entraînement, valent tous les rendez-vous chez un psy. Le collectif reconstruit l’individu.
Notre staff médical a aussi été excellent. Ils ont pris soin de moi durant toute ma période difficile pour que je revienne le plus vite possible. Mais surtout, ils m’ont aidé à comprendre que prendre le temps de bien récupérer n’était pas une faiblesse. Au contraire, c’était l’assurance de pouvoir jouer encore longtemps sans nouvelles blessures.
Aujourd’hui, quand je retrouve d’anciens coéquipiers avec qui j’ai vécu de belles choses, notamment notre titre de champion de France en 2018, je réalise que ces liens vont au-delà du sport. Ces relations m’ont porté dans les moments durs. Retrouver le plaisir du groupe, sentir le jeu, se faire plaisir, c’était finalement le meilleur remède contre la difficulté mentale d’un retour au jeu.










